année 1944

"le début de la fin"

Comme en fin d'année 1943, les alertes sur Berlin se multipliaient de jour et surtout de nuit (3 à 4 fois par semaine). Le travail se désorganisait. Dans le camp, une tranchée devait être creusée pour servir d'abri, mais Roland et ses compagnons mettaient tellement de coeur à l'ouvrage, si bien qu'elle ne fut jamais terminée (photo ci-dessous).

la-tranchee-1943.jpegCertains problèmes surgissaient dans la baraque : des vols de chaussures et de vêtements, des colis en provenance de France depuis les familles souvent en mauvais état ou ouverts par les douanes. En moyenne, Roland en recevait un ou deux par mois avec un délai de trois à quatre semaines après l'envoi, mais certains ne voyaient jamais rien arriver. La firme Willy Naumann qui les employait versait un salaire moyen de 45 reichsmark par semaine à chacun, basé en principe sur le nombre de pièces fabriquées. Mais pour autant si en francs français de l'époque 50 reichsmark équivalaient à 1000 francs, en Allemagne un paquet de cigarettes coûtait 25 reichsmark: donc plus de la moitié du salaire d'une semaine. 1kg de sucre : 50 reichsmark, 1 kg de lard : 200 reichsmark (plus que le salaire d'un mois). Normalement chacun devait envoyer de l'argent à sa proche famille en France, mais en 1944 ce n'était plus à l'ordre du jour, de même que les permissions pour ceux qui étaient mariés, avaient des enfants ou un parent déclaré malade. Sur quatre qui en profitèrent un seul revint.

Roland : "mercredi 26 janvier 1944, je fête mes 20 ans. Dimanche 30 janvier, essayé d'aller au Winter garten, mais les bombardements ont fait des dégâts. Samedi 26 février, perquisition dans la baraque, la police cherche des armes. Samedi 4 mars, on m'a volé une paire de chaussures. Lundi 8 mai, alerte et bombardement sur notre quartier, AEG est touché et nous n'avons plus d'électricité. Nous avons reçu de la fibre neuve pour nos paillasses. Jeudi 11 mai, découverte des voleurs, le lendemain ils sont engagés et partent dans les SS. Mardi 6 juin, nous apprenons le débarquement des américains en France. Jeudi 20 juillet, attentat contre Hitler, une dizaine de généraux blessés. Dimanche 6 août, les américains sont à Laval. Lundi 14 août, le patron nous met en congés jusqu'au 24 août" (congés sans solde évidemment).

André : "en rentrant dans la baraque après le travail, je m'aperçois que mon costume asecouage-des-paillasses-1943-1.jpeg disparu. En désespoir de cause je pars raconter ce fait à une relation féminine travaillant avec nous qui habitait vers la Schönhauser allée. Un instant après on frappe à la porte, c'était un des nôtres: "viens tout de suite on a retrouvé ton voleur". Hasard inimaginable! Paul et quelques camarades rentraient d'une balade, quand dans le métro à la station Alexanderplatz dans les couloirs ils se trouvent nez à nez avec mon voleur qui portait mon costume. Paul trouvant ses explications pas très convaincantes, ils le contraignent  à venir au camp où il avoue son vol."

"Une autre fois j'ai eu affaire au patron (Willy Naumann), je suis allé voir mon frère prisonnier de guerre au stalag 4G à Leipzig. Sans autorisation je suis revenu entre deux vieux soldats en armes. Conduit au poste de police près de Gesunbrunnen, il est venu lui- même et j'en suis ressorti sans dommages, avec seulement un avertissement. Il n'était pas facile pour moi de rester enfermé dans le camp et la palissade qui l'entourait ne me posait pas de problème."

 

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